On ne maîtrise pas ses souvenirs et parfois ces derniers rejaillissent à l'occasion d'un fait anodin. Les faits que je vais vous narrer sont issus de la première expérience dramatique de cette guerre d'Algérie. En ce début de l'année 1961 la virulence des fells à notre encontre, avait atteint un certain paroxysme. Il ne se passait pas de semaine sans que nous ayons à intervenir à la frontière marocaine ou dans le massif du Fillaousenne, prés de Nemours. Chaque unité avait en son sein une équipe chargé du renseignement. Les militaires qui composaient ce noyau, étaient bien souvent des pieds noirs et par conséquent, ils parlaient l'arabe couramment. Ils recueillaient le renseignement par leur connaissance ou par tout autre méthode qu'il convient d'éviter de parler. Pour la petite histoire, nous les jeunes nous avions reçu une solide formation militaire et nous avions tous le CIA, le certificat inter-armée. Nous étions conditionnés au tir réflexe et ce qui m'a certainement sauvé dans cette circonstance précise. Nous étions en janvier, et vers 23 heures le groupe d'intervention est activé pour neutraliser une petite bande de fellouses. Selon les informations recueillis par la cellule de l'escadron dans le douar de Boudjmil, près de Nédroma, des fellouses doivent venir s'approvisionner en vivre. Aussi secrètement que possible nous cernons un groupe de mechtas en lisière du douar Je dis discrètement, car les fellouses disposent de choufs pour etre alertes si besoin est. Pour l'opération, nous sommes dotés de PM mat 49. Une arme très efficasse qui ne s'enraye jamais et qui permet de faire un rideau de balles en cas de probléme. Comme je vous le dis, nous étions conditionnés à l'usage instinctif du tir en cas de probléme. On nous avait positionné dans une petite ruelle et nous étions deux à tenir ce poste. Nuit calme, un froid de canard, et une tension palpable. Les yeux s'habituent à la pénombre petit à petit. Soudain , dans le silence de la nuit, les chiens commencent à hurler très fort. Un remue ménage général dans les mechtas et quelques rafales de PM. On se tient sur nos gardes malgré notre éloignement de la zone ciblée. Brusquement, surjit devant nous, un guss armé d'un pistolet. Il est aussi surpris que nous  de nous voir en ces lieux. Il pensait etre sorti de la nasse. Par réflexe nous usons de nos PM, et le fell s'éffondre à une dizaine de mètres de nous. Nous mettons un laps de temps à réaliser. Le reste du groupe nous rejoint et le gradé constate que nous avions tué l'un des fellouses qu'il recherchait. Pas de paroles inutiles dans ces cas là. On se tait et on dévisage celui que nous venions de tuer. On ne sera jamais lequel de nous deux à fait mouche, mais vu le nombre d'impacts je doute que je suis sans responsabilité. Avec le temps, j'avais caché cette histoire au fond de moi, mais les images restent bien vivaces. C'était mon apprentissage à cette dure réalité que la guerre. Nous savions bien que si ce type n'avait pas eu ce moment de surprise, nous aurions certainement dégusté à sa place. Avec le recul de l'age je m'interroge sur les raisons de ce conflit sachant que dès le départ nous savions que ce pays, à l'instar des autres pays du magreb, aurait sa liberté. Fin de cet épisode dramatique et accordons nous la paix des braves